Le cinéma polonais actuel est un cinéma du réel, en témoigne la sélection à Camerimage dans la catégorie Polish films.
Observation d’un drame, étude d’une situation, les auteurs polonais qui comptent aujourd’hui (M. Szumowska, J. Szelc, J. Holoubek…) ne cherchent pas à nous faire découvrir un univers fantastique, un réel fantasmé. Bien au contraire, ils nous plongent dans des situations réelles concrètes, parfois des faits historiques (cf. 25 year of innocence, J. Holoubek)… Bartosz Kruhlik n’échappe pas à l’exercice pour ce premier film qu’il a réalisé à peine sorti de l’École Nationale de Cinéma polonaise de Lodz.
Couronné de succès au cours de cette année pour le moins curieuse en raison de la crise sanitaire, Supernova à tout remporté en Pologne ou presque (Grand prix du Festival de Gdynia, en lice pour représenter la Pologne aux Oscars…). On ne peut que souhaiter que cette nouvelle génération d’auteurs vienne un peu dépoussiérer la cinématographie polonaise qui s’appuie encore beaucoup (trop?) sur ses dinosaures (Wajda, Polanski, Holland…).
Jeunes réalisateurs, jeunes chef-opérateurs, petits budgets, productions plus indépendantes, le cinéma polonais se permet tout mais est-ce qu’il innove vraiment ? À première vue, dans Supernova, rien de réellement révolutionnaire dans la narration ou dans l’image. Un drame développé en 3 actes et respectant les unités de bases d’une narration classique (unité de temps, de lieu et d’action). Une caméra à l’épaule qui reprend les règles et les découvertes de la nouvelle vague. Un manque d’audace ? Peu probable, car dans son film Bartosz Kruhlik ose le propos sans aucune retenue. C’est à ce niveau que le choix d’une narration très classique, facilement maîtrisable et rapidement comprehensible par le spectateur, semble se justifier, contrastant durement avec l’acidité du portrait qu’il fait de son propre pays. Il nous dépeint une Pologne vieillissante, engoncée dans une mythologie catholique souvent absurde, au mieux impuissante face à un gouvernement vérolé et des représentants de l’ordre apathiques.
La critique est sévère, elle fait l’effet d’une bonne grosse gueule de bois à l’instar de celle de Michał, le mari alcoolique de la victime et le personnage qui ouvre véritablement le film. À l’image, la luminosité excessive, les blancs “éclatés” (probablement obtenus par l’utilisation d’un white promist devant l’objectif) nous replongent sans cesse dans cette sensation désagréable d’une photophobie passagère. La caméra à l’épaule vadrouille entre les situations, observe les visages, passe de l’un à l’autre. C’est une caméra qui scrute tout en étant incapable de rester fixe, l’oeil du spectateur, son “équilibre”, mis à l’épreuve comme pour nous écœurer.

Critique d’un état corrompu, d’une église trop présente et trop peu aidante, d’une police incapable de protéger et servir, le film de Bartosz Kruhlik est maitrisé du début à la fin.
L’épilogue vient appuyer ce constat sans espoir que rien ne change : un couple avec un jeune enfant arrive en voiture sur la zone du drame. Trop loin pour voir ce qu’il se passe vraiment, ils décident, après quelques instants d’immobilisme, de simplement faire demi-tour et de rentrer chez eux. De la même façon, semble nous dire l’auteur, toutes les révolutions finissent par s’épuiser et désintéresser les gens. De cette même manière, le jeune Bartosz nous provoquerait-il en proclamant que rien ne vaut les vieilles recettes et que rien ne sert d’essayer de révolutionner la forme ?
En nommant son histoire Supernova, Kruhlik engage l’analogie entre l’étoile dans son état si particulier et son film. La définition donnée à la fin vient nous rappeler avec justesse qu’une destruction n’est autre que le début d’une renaissance. Ici Kruhlik nous parle probablement de l’état de la Pologne plus que de son art. Néanmoins se peut-il que ce jeune auteur nous prédise aussi la mort de ce “vieux cinéma” régi par les règles de la dramaturgie classique ? Sera-t-il lui même capable de se reconstruire après l’avoir lui même “explosé” ? Dans tous les cas, sa maîtrise du savoir-faire cinématographique, démontrée avec ce premier film, donne envie de suivre son évolution.