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Image de couverture

« Falling » était le film d’ouverture du festival Camerimage 2020. « Était » car en raison de la pandémie, il n’a pas pu être diffusé. Il y avait cependant hier dimanche une rencontre avec Viggo Mortensen et son chef opérateur, Marcel Zyskind, leurs propos étaient traduits au fur et à mesure en polonais et le public pouvait poser des questions via la page Facebook du festival.

« Falling » est le premier long métrage réalisé par Viggo Mortensen. L’acteur a acquis une reconnaissance internationale après avoir incarné le personnage d’Aragorn dans la trilogie « The Lord of the Rings » de Peter Jackson. Les cinéphiles préfèreront sans doute citer ses prestations dans « A History of violence » et « Eastern promises » de David Cronenberg,  « The Road » de John Hillcoat, « Captain Fantastic » de Matt Ross ou « Green Book » de Peter Farrelly.

Lors de l’échange d’hier, Mortensen est apparu extrêmement humble, très cultivé et discrètement politique avec un petit drapeau arc en ciel fixé au mur derrière lui.
Il a choisi comme directeur de la photo Marcel Zyskind, chef opérateur Danois rencontré en 2013 lors du tournage de « Two Faces of January » de Hossein Amini.

Bande annonce – imdb

« Falling » raconte la relation difficile entre un vieil homme, Willis, interprété par Lance Henriksen et son fils John. Une histoire dont Mortensen ne cache pas qu’elle est inspirée des rapports entre ses propres parents. S’il n’avait tout d’abord pas l’intention de jouer le personnage de John, il s’est avéré que sa présence à l’écran permettait de financer le film. Il est donc co-scénariste, réalisateur, acteur, producteur et compositeur de son propre film.

C’est dire la confiance qu’il a dû placer dans son chef opérateur. C’est d’ailleurs ce que Zyskind a raconté lors de la séance de questions-réponses. Il est arrivé sur le tournage qu’ils n’aient pas le temps de relire un plan et Mortensen lui a assuré qu’il s’en remettait entièrement à lui : « I trust you with my life ».

Le film multiplie les allez-retours entre le passé et le présent.
Un présent plutôt blanc-froid où John est parti chercher son père dans sa ferme de la Côte Est pour le ramener à Los Angeles où il vit avec son mari et leur fille adoptive.
Un passé plutôt chaud qui navigue au gré des saisons de l’enfance à l’adolescence de John.

Dans ces scènes du passé, un personnage irradie: Gwen interprétée par Hannah Gross, première femme de Willis, mère de John. Amatrice d’art, elle aimerait étendre son univers, elle soufre auprès d’un homme qui se satisfait des choses telles qu’elles sont et qui prend comme une critique personnelle toute volonté de changement de son entourage. C’est la « muse » dans le sens où elle habite les rêves tant du fils que du père.

Au montage, les transitions entre ces différentes époques sont très organiques. Willis au présent est atteint de démence sénile, il a parfois des moments d’absence qui nous entrainent ailleurs, parfois des flashes, parfois des scènes entières. D’autres fois c’est John que les violentes confrontations ramènent vers les souvenirs de conflits passés. Un très gros plan d’un élément de décor, un rire ou un morceau de Chopin sur la bande son, un verre d’eau que l’on sert qui devient une rivière, créent autant de passerelles entre ce qui perdure et ce qui a disparu. Mortensen a insisté sur l’importance du travail de la décoratrice pour les flash backs – Carol Spier, collaboratrice entre autres de David Cronenberg, qui tout comme Zyskind a été recrutée très en amont du tournage.

Zyskind a raconté qu’il avait une caméra au moment des repérages afin de pouvoir tourner des plans de la ferme et de la forêt alentour, dans des atmosphères dont ils ne pourraient pas forcément profiter au moment du tournage, Mortensen servant parfois de doublure. Le film est tourné en Arri Alexa avec des optiques anamorphiques : la série G de Panavision pour le présent et principalement une série Lomo pour le passé.

Mortensen relève qu’il n’y a rien d’ostentatoire dans le travail de Zyskind, on est présent à ce qui se passe sans être distrait. Il a donné en exemple une longue scène de dialogue entre Willis et John où la lumière baisse graduellement et de façon quasi imperceptible à l’arrière plan de Willis. Dans une autre au contraire, la lumière est plus présente, il y a une lueur d’espoir, un peu de compréhension au delà des mots prononcés.

Mortensen et Zyskind ont échangé de multiples références : Ozu, Tarkovski ou le travail de Rudolf Maté, directeur photo de Dreyer, pour son travail sur La passion de Jeanne d’Arc (notamment les franchissements d’axe et les angles des gros plans). Mais ils reconnaissent tous les deux qu’au final, le film s’est détaché de ces références préalables pour devenir sa propre référence.
Une scène illustre particulièrement bien la force de ce film : John, depuis sa chambre, entend sa mère pleurer et descend l’escalier pour observer. Par un choix très maîtrisé de cadrages et de montage, ce n’est qu’une fois revenu dans sa chambre que nous verrons ce qu’il a vu, mais surtout la proximité de ce qu’il a ressenti devant sa mère en larmes.

Le souvenir est souvent plus fort que le moment présent.