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« The Banshees of Inisherin » est présenté hors compétition au Festival EnergaCamerimage. A cette occasion, le réalisateur Martin McDonagh (« Three Billboards outside Ebbing, Missouri », « Bons Baisers de Bruges », « Sept Psychopathes ») retrouve son chef opérateur Ben Davis (« Kick-Ass ») et confine ses comédiens sur une île au large des côtes irlandaises : Colin Farrel, Brendan Gleeson, Kerry Condon et Barry Keoghan.

L’histoire commence lorsque Colm refuse de rejoindre son meilleur ami Pádraic, au pub, un dimanche après-midi. Il lui demande expressément de ne plus jamais lui adresser la parole.
L’incompréhension de Pádraic ne désarme pas l’entêtement de Colm, et c’est la vie de tous les habitants de l’île, animaux inclus, qui se trouve dérangée.

Entre vieux garçons, dans l’Irlande de 1923, les mots de Martin McDonagh (également auteur de théâtre) sont comptés – et chaque mot compte. L’humeur change aussi vite que passent les nuages sur les paysages à couper le souffle de l’ouest irlandais.
En plaçant cette histoire de rupture douloureuse sur le terrain de l’amitié, le réalisateur balaye les codes du film sentimental et écrit son histoire d’une manière neuve et pure.

Le film traduit le mode de vie modeste et routinier des habitants d’Inisherin par une mise en scène et une esthétique minimalistes. Après son atterrissage sur l’île, le spectateur est installé dans un univers calme et posé. La caméra est rarement mobile, sinon au stabilisateur de manière fluide, accompagnant les personnages d’un lieu à l’autre : le pub, la maison de Colm, la maison de Pádraic et Siobhán. Elle s’adapte aux personnages et reste fixe lorsque les personnages le sont.

Les protagonistes gardent un calme déroutant même lors d’événements troublants ou violents. La caméra aussi. La souffrance est montrée en ombres chinoises comme un jeu d’enfant. À rebours des conventions sur le film d’époque, le look est moderne. Le découpage a été storyboardé en amont, et inspiré par des westerns classiques et plus récents (voir).

L’équipe, plutôt réduite, est partie pour 8 semaines de tournage en Irlande. Le casting principal étant lui aussi coincé sur l’île, Ben Davis s’en souvient comme d’une situation bénéfique, qui lui permettait une vraie flexibilité par rapport aux aléas climatiques.

En évoquant la région et ses paysages, Ben Davis affirme qu’il est incapable d’exprimer en mots ce qu’il a ressenti là-bas. Le film s’attache a retranscrire ce sentiment visuellement ainsi que par le travail du son et le choix des musiques.
Au festival Camerimage, il évoque la disparition du visionnage des rushes en projection : dommage pour les plans larges, car les images ne sont vues que sur des petits écrans pendant une longue partie de la fabrication du film. Ici, les paysages infinis et majestueux ont imposé des plans ouverts avec une grande profondeur de champ. L’Arri Alexa LF y exprime toute son identité. Combinée à des optiques Signature Prime, et des zooms Angénieux, elle est en symbiose parfaite avec le style du film.

L’espace et la nature ont leurs propres relations avec les personnages. Les séquences intimes ont lieu dehors. Les lieux de la représentation publique sont le pub obscur, où les pintes de bières s’accumulent pour marquer le temps qui passe, et l’église, où la confession n’est jamais complètement privée.
Le film a été tourné à deux caméras, pour libérer au maximum le jeu des acteurs, visiblement embarqués corps et âme dans ce projet.

Le film sortira en France le 28 décembre.