“The Getaway King” (“Najmro”) est un film polonais formellement déjanté, sélectionné dans la compétition « Director’s Debut » et en competition officielle.
Basé sur une histoire vraie, “The Getaway King” retrace l’histoire de Zdzisław Najmrodzki, un voleur détenant un record de 29 délits de fuite dans les années 70-80 sous le régime communiste polonais. L’image se veut à la fois impressionnante et comique : tonneaux de voitures filmés au ralenti à la Phantom, cascades improbables, chutes sans fin, danses frénétiques… Ce long-métrage photographié par Jacek Podgórski emprunte au clip une liberté stylistique très inhabituelle, et très rafraîchissante. La mise en scène de certains plans frappe par son audace, malgré quelques écarts de route vers un kitch écoeurant.
La gamme chromatique s’avère très réduite, se calant tout au long du film sur des tons cyan et orange saturés, aussi bien dans les décors que par la lumière, ponctuée de flares rouges assez doux mais omniprésents.
Quelques plans se démarquent et restent bien en tête. L’un d’eux joue la surenchère en additionnant, sur deux variations de vitesse façon “Requiem for a Dream”, un travelling circulaire en stop motion.
À cette époque en Pologne, les magasins manquaient en permanence de marchandises mais Najmro et son acolyte appréciaient tout particulièrement de voler dans les magasins luxueux Pewex. Lors du braquage, notre personnage principal tombe sur des cigares et dès le moment où ses yeux se posent dessus et qu’il les prend en main, ses mouvements ralentissent, à l’image de sa propre perception du temps. Tandis qu’en parallèle, l’autre personnage se déplace en accéléré dans tout le magasin.
Un autre plan, de prime abord plutôt classique, a d’un coup surpris toute la salle. Un homme dans une boîte de nuit se frotte de la cocaïne sur les dents puis avance face à un travelling arrière. Lorsqu’il commence à sentir le goût amer de la drogue, il passe une porte, grimace et est soudain éclairé par une lumière ultraviolette qui fait surgir un maquillage bleu dégoulinant, complètement invisible la seconde d’avant. Un effet purement cinématographique qui nous rapproche au plus près de ce qu’il ressent. Le maquillage bleu n’apparaît que très brièvement à l’écran, sans aucun autre effet, ce qui décuple sa force.
“The Getaway King” est un voyage dans le temps pour le moins surprenant qui se démarque par ses choix de mise en scène et ses choix techniques inhabituels, assumés jusqu’au bout. Le réalisateur Mateusz Rakowicz est à suivre de près, on peut s’attendre à d’autres films étonnants après ce premier long métrage haut en couleurs.