J’ai eu la chance d’assister à Camerimage l’an dernier en « présenciel ». Et à Camerimage, on sait que l’on peut voir des films « Nordiques »…
Dans la jolie ville de Toruń aussi le vent nous glace, la nuit tombe à 16h00 mais on peut toujours compter sur la chaleur des cafés : ce qui nous manque aujourd’hui ! Alors j’ai voulu choisir un film Norvégien…
Hope est le nouveau film de la réalisatrice norvégienne Maria Sødahl, après Limbo, son premier film. Son directeur de la photographie, Manuel Alberto Claro DFF, est d’origine chilienne et a grandi au Danemark. Il a travaillé entre autre avec Lars von trier sur Melancholia et sur le premier film de Maria Sødahl.
Après avoir été récompensé aux Berlinales 2020, Hope vient d’être sélectionné pour représenter la Norvège aux oscars.
Le scénario, écrit par la réalisatrice, est inspiré de sa propre histoire, celle d’une femme à qui l’on découvre une tumeur au cerveau incurable, un an après avoir eu un cancer aux poumon. Le film se déroule durant la période de Noël et des fêtes de fin d’année en Norvège. Le personnage principal, Anja, affronte la maladie mais se confronte aussi à sa vie avec son conjoint et ses enfants.
Le film s’appelle Hope, mais en fait Anja n’a aucun espoir, le seul espoir résidant dans le titre du film.
Entre Noël et le jour de l’an, le compte à rebours de la maladie nous tient en haleine, « comme pour fatiguer le spectateur », explique la réalisatrice. Mais il y a aussi ces moments hors du temps où les personnages sont comme dans une bulle, lorsqu’ils sont dans leur chambre ou dans leur voiture.
Hope parle profondément d’amour : comment en donner et en recevoir, comment le temps peut à la fois user ou au contraire décupler l’amour.
C’est aussi un film sur les femmes et les hommes engagés dans leur vie intime, familiale et professionnelle. Comment la vie quotidienne, le travail, peut nous amener à nous éloigner les uns des autres. Il y a beaucoup d’émotion malgré une certaine retenue, une atmosphère dramatique qui ne tombe pas dans le mélodrame. C’est bien là tout le talent de la réalisatrice que d’arriver à traiter de sujets aussi graves que la maladie ou la mort, en toute simplicité… Un film sombre ne vaut pas forcément dire une ambiance froide, comme l’indique Maria Sødahl : de fait le film a été tourné dans une atmosphère plutôt détendue et chaleureuse.
Le « sombre » est cependant présent dans l’image du film par le jeu du contraste, par la profondeur des noirs, y compris dans les intérieurs, qui sert le propos du film.
Il y a aussi une envie d’appuyer l’ambivalence des sentiments des personnages, entre le chaud des guirlandes et des bougies dans les intérieurs et le froid nordique du dehors, notamment les scènes sous la pluie en extérieur, qui égratignent le coté féerique de Noël.
La caméra, souvent cadrée à l’épaule, nous plonge aisément dans l’intimité des personnages, comme un regard incarné et profond peut déceler l’intime, loin de l’impudeur du voyeurisme. Il y a aussi une volonté de laisser beaucoup d’espace aux comédiens, sans artifice, comme le dit Manuel Alberto Claro.
Le film a aussi été minutieusement préparé pour arriver à un réalisme et un naturalisme très puissant dans un appartement recréé en studio.
Cette préparation du décor s’est aussi prolongée par une liste de plans précise (et respectée!) et de nombreuses répétitions sur le plateau, de sorte que la réalisatrice pouvait se consacrer exclusivement à la mise en scène avec les comédiens (Andrea Bræin Hovig et Stellan Skarsgård, remarquables) tout en faisant une confiance totale à son directeur photo.
De la maîtrise et de la précision, donc, pour pouvoir filmer la réalité fragile d’une famille au point de bascule.
« Fallait-il vraiment qu’une peine de mort ait lieu pour que tu fasses ce qu’il faut, quand tout était déjà fini ? » dit Anja à Thomas dans le film.
Le film a été tourné en Alexa Mini poussée à 1600 IS0 avec une série Hawk Lite Anamorphic. Le tournage a duré 6 semaines dont 3 en Studio. Le décor de l’appartement est éclairé principalement avec des entrants et des lumières de jeux, avec en appoint quelques Litemate 2 ou 4 et parfois des Dedolight.