Une semaine commencée en beauté à Camerimage avec le dernier film d’Alexander Payne, The Holdovers (Winter break pour sa sortie française). Un film à la fois touchant, drôle et subtil, avec des personnages attachants.
En décembre 1970, pour les vacances de Noël, Angus Tully et quatre autres élèves, surnommés « the holdovers », doivent rester au campus de Barton avec leur professeur Paul Hunham. Lorsque les parents d’un élève arrivent en hélicoptère et invitent les enfants à les accompagner pour skier, tous obtiennent la permission de partir sauf Angus. Ses parents, en lune de miel, sont injoignables, le laissant seul sur le campus pour les fêtes.
Eigil Bryld, le directeur de la photographie nous a expliqué la préparation du film et ses tests afin d’obtenir une image s’approchant de la cinématographie des années 70. Il ne souhaitait pas que le film soit d’époque uniquement à travers les costumes et les décors, mais également à travers l’image. Après plusieurs tests, il a choisi de tourner en Alexa avec une série Panavision H. Selon lui, le grain sur les pellicules disponibles aujourd’hui est trop fin, avec trop peu de contraste et les scans trop parfaits s’approchent de plus en plus d’un look numérique. Avec son étalonneur, ils ont donc reproduit un grain raccord avec les pellicules d’il y a 50 ans. En revanche, très peu de douceur et de halation dans les hautes lumières ont été reproduites, ce qui rend les efforts faits sur le grain peut-être moins impactants.
En termes de lumière, Eigil Bryld a d’abord pensé à tourner avec des sources traditionnelles, puis a présumé que si les sources LED avaient existé dans les années 70, les directeurs de la photographie de l’époque auraient sûrement tourné avec. C’est un drôle de raisonnement qui m’a amené à penser : lorsqu’on tourne un film se déroulant dans le passé, à quel moment souhaite-t-on réellement reproduire les images réalisées pendant cette période, et à quel moment veut-on réinterpréter et adapter pour le public d’aujourd’hui ? Où traçons-nous la limite ?
Ici, un travail très précis a été effectué sur le grain, mais en revanche, la lumière a un look très récent et un ratio 1:85. Il en résulte une belle cinématographie, mais certainement pas une cinématographie d’époque. Si l’image ressemblait plus strictement à un film des années 70, aurait-on tout autant apprécié l’image ? En particulier le grand public dont l’œil est plus qu’habitué aux films récents ?
Dans tous les cas, image des années 70 ou non, c’est un film à voir absolument, un régal sur grand écran, disponible en salle en France le 13 décembre sous le titre Winter break.