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Ce dernier texte en forme de bilan clôt une série d’articles consacrés au 29e festival Camerimage, le premier en public depuis la crise sanitaire.

Entre Toruń et Paris

Tandis que l’année dernière le festival Camerimage se déroulait uniquement en ligne dans le contexte de la pandémie, il y a eu cette année un mélange présentiel/distanciel. Cela a permis d’assister (tant bien que mal) au festival depuis Paris avec la possibilité depuis Toruń de voir ou revoir en direct et en replay des conférences, projections et questions réponses sur la plateforme en ligne. Très pratique surtout pour la prise de notes en simultané et les captures d’écran !

Avec le festival en partie en ligne, il y avait moins de monde cette année que d’habitude, ce qui impliquait un certain nombre d’avantages tels que de pouvoir réussir à accéder aux projections, aux conférences et à certaines soirées assez aisément. Être en plus petit comité signifiait également la possibilité d’échanger plus facilement et plus souvent avec les chefs opérateurs, les différents intervenants et les fabricants présents, dont un grand nombre a fini par connaître l’Union par cœur à la fin de la semaine ! Il y avait vraiment un petit côté familial très agréable où l’on prenait le temps de se connaître et de se recroiser puis de garder contact. Et surtout c’est assez incroyable de se retrouver uniquement entre personnes de l’image et de pouvoir tout axer autour de la cinématographie, entraînant des discussions très intéressantes, pointues techniquement et artistiquement.

Durant cette semaine polonaise, écrire des articles à chaud après avoir enchaîné quatre conférences dans la même journée et dormi un nombre d’heures aléatoire était un beau défi à relever. Dépasser cette crainte de ne pas savoir assez bien écrire, de ne pas trouver des choses pertinentes à dire, de ne pas avoir assez de recul sur les articles entre le début de l’écriture et la publication, peur aussi du jugement des lecteurs pour finalement se rendre compte que c’est toujours plus de peur que de mal, c’est quelque chose d’assez gratifiant et inspirant pour la suite…

Globalement, avoir eu la chance de partir à Camerimage représenter l’association à l’étranger, rencontrer beaucoup de monde, dont des nouveaux futurs partenaires, futurs membres et futurs lecteurs du site, rend fier de faire partie de l’Union et donne envie d’emmener les choses encore et toujours plus loin, de les faire avancer avec d’autant plus de détermination et d’énergie.

Elie Elfassi

 

De l’abattement à l’extase métaphysique

Être à Toruń… Ou ne pas être. Cette année, vivre le Festival de loin s’est avéré ressembler à un cours de Zen accéléré. Pendant les trois premiers jours, les innombrables bugs des divers sites du Festival faisaient remonter en moi des bouffées d’ultraviolence à l’encontre des webmasters. Je parcourais un tunnel à tâtons, cherchant en vain une issue. Au quatrième jour, j’ai lâché prise : je vivais les pannes de serveur avec un détachement de bonze laotien. Puis soudain les portes du Nirvana se sont ouvertes – avec un petit mot d’excuses d’un webmaster tout penaud.

Et c’est alors que j’ai découvert « Faya Dayi ». Sur le papier, un documentaire sur la culture du Khat en Ethiopie. Sur l’écran, un film miraculeux, comme tourné en apesanteur, d’une poésie tarkovskienne. Les images, ensorcelantes de beauté, tournées en 4:3 Noir et Blanc dans le pays le plus coloré de la planète, semblaient réalisées par une Chamane et destinées à vous pénétrer l’âme sans aucun artifice.

Ni une ni deux, j’ai contacté Jessica Beshir, qui était restée à New York. Il lui a fallu dix ans pour réaliser ce film. Avec deux Canon, un sens inné du cadre et de la lumière juste, et un infini respect des humains qui l’entouraient. Elle aussi, elle est passée d’une volonté de tout contrôler à un lâcher-prise total, sans pour autant perdre le cap. L’interview qu’elle a accordé à l’Union paraîtra un peu plus tard, le film étant bientôt visible sur MUBI.

C’est aussi cela, Camerimage: la mise en relation directe, grâce à un film programmé en sélection officielle, entre deux étrangers distants de 6.000 kilomètres. Et au bout du tunnel, une lumière éclatante.

Pascal Montjovent

 

Toute la cinématographie

Les festivals, c’est l’occasion de voir les films en projection, d’écouter les membres de l’équipe parler du film, mais Camerimage a cela d’unique : on y entend la voix des chefs opérateurs, avec toute la spécificité de cette parole, tant technique qu’artistique. Et comme dans tous les festivals, c’est l’occasion de voir des films qu’on ne verra pas ailleurs : ni en salle ni en ligne, parce que tel ou tel film ne sera pas distribué en France, parce qu’il y aura toujours trop de films à voir en ligne.
Le festival est donc ce moment privilégié de la rencontre avec des films qu’on n’attend pas, découverts presque fortuitement, parce que le titre ou le thème nous inspire, parce qu’on a rencontré un membre de l’équipe du film, parce qu’on en a entendu parler d’une manière ou d’une autre.
Le choix d’assister à telle ou telle séance se fait pour moi par la marge, à Camerimage comme dans d’autres festivals. À Toruń, j’ai donc plutôt choisi de voir des premiers films de réalisateurs, des premiers films de chef opérateurs, des films étrangers venant de pays dont la cinématographie contemporaine est mal connue, des documentaires et des documentaires courts aussi, dont les opportunités de diffusion hors festivals sont très aléatoires. J’aime ce luxe de voir des films difficiles à voir, en acceptant de pouvoir être déçu, en espérant tomber sur une petite pépite de cinéma, en faisant confiance aux sélectionneurs.
Pour ma première fois à Camerimage, j’y ai vu un premier film chilien (« Matar a Pinochet ») et un premier film estonien (« Goodbye Soviet Union ») qui m’ont donné envie d’en savoir plus, et ont donné lieu à deux entretiens avec l’équipe.
J’y ai vu un premier film (du réalisateur et de son chef opérateur) russe (« Chupacabra ») et un premier film mexicain (« Son of Monarchs »), deux films plutôt inspirés et réussis ; un premier film chinois (« Annular Eclipe »), polar futuriste ambitieux techniquement mais un peut trop efficace et convenu en termes de mise en scène, ou encore « Ted K », premier film américain, à propos d’Unabomber, terroriste solitaire américain des années 80 – un film travaillant visuellement les penchants sociopathes de son personnage principal, parfois très inspiré et parfois maladroit.
J’ai aussi vu « Kodokushi », un documentaire turc tourné au Japon se focalisant sur un travailleur d’un genre particulier, chargé de vider les appartements des personnages âgées décédées seules chez elles, et un film fantastique danois très étrange, « Border », dans la bien-nommée section « Meet the unknown ». Et puis aussi deux séances de courts métrages documentaires, dont deux films qui m’ont particulièrement intéressé : « Survive », un film allemand décrivant la relation d’un père artiste obsédé par sa propre finitude et de son fils toxicomane (son chef opérateur a été récompensé), et « Brave », un film franco-haïtien intime autant que flamboyant.
Et quand même « The French Dispatch » de Wes Anderson pour faire bonne mesure, en présence de son chef opérateur, qui a dû subir une projection cropée sur les bords!!

Thomas Lallier

 

L’Avenir

Il arrive parfois que les planètes s’alignent. Vous frappez à la porte d’une association, et par un concours de circonstance vous vous retrouvez moins d’un an plus tard à participer à sa représentation en Pologne à Camerimage. Ça a été mon cas, et c’était fou.
Si vous avez déjà fait quelques festivals, vous savez qu’il y en a des guindés, des très guindés, des « désolé t’es pas assez guindé pour entrer » et des pas du tout guindé. Le Camerimage entre clairement dans cette dernière catégorie, son crédo : si on sortait du star system et qu’on parlait boulot ?

Mon festival a été une suite sans fin de conférences plus intéressantes les unes que les autres, de films connus et inconnus, de soirées passées à discuter avec des gens croisées il y a deux heures sur les stands Arri, Zeiss ou DMG. Avant Camerimage, je n’avais jamais vu des gens oscarisés en jean basket discutant flare et motion control avec des étudiants en tenue de soirée encore un peu penauds de la situation. Avant ce festival je n’avais jamais eu l’occasion d’échanger avec des maîtres de notre métier, et de comprendre par la même occasion que ces gens à la carrière incroyable sont comme vous, ça leur fait du bien de parler du fond des choses. Cela a été l’occasion de réaliser que de nombreuses personnes et entités sont prêtes à vous accueillir dans cette belle communauté cinématographique.
Enfin, je dirais que ce festival a vraiment été une claque pour moi. J’ai réalisé qu’individuellement ou collectivement c’est notre ambition qui nous mènera où on le souhaite, et au même titre qu’une carrière se construit avec le temps, le travail et l’envie d’avancer, il semble que notre association ira aussi loin que nous souhaitons la mener.

Le Camerimage été une formidable opportunité de parler de L’Union des Chefs Opérateurs, de lui donner une place sur la carte des organisations professionnelles, de la faire découvrir à de potentiels futurs partenaires, à donner envie à ses membres de la défendre et de montrer que cette association, si jeune soit-elle, a toute la légitimité à grandir, du moment que nous lui en laissons la chance.

Vincent Tartar

 

Le cinéma en partage

Camerimage constitue une opportunité unique d’écouter parler de leur travail des chefs opérateurs prestigieux mais aussi venus de tous les pays et de tous les horizons. Si ma première participation au festival n’aura été qu’à distance, m’amenant à choisir de ne pas voir les films qui allaient sortir au cinéma prochainement, j’ai néanmoins pu assister à de nombreux échanges passionnants, au lieu de me contenter d’en lire les compte-rendus comme les années précédentes.

Un tel festival offre aussi la possibilité de découvrir des films qui resteront probablement inédits en France. « Faya Dayi » de Jessica Beshir, vu sur les recommandations de Pascal Montjovent, fût ainsi un choc cinématographique, tant le magnifique noir et blanc, le soin apporté aux cadres et l’écriture fine et originale de ce documentaire m’ont éblouis.

Faire partie d’un groupe de rédaction, au sein duquel échanger conseils de films à voir, idées et avis sur nos articles respectifs, apporte une stimulation supplémentaire. Ce fut ainsi l’opportunité de retrouver le plaisir d’écrire, de consacrer du temps à réfléchir sur l’image et sur notre travail de directeurs de la photographie, temps qu’on ne prend que trop rarement et qui pourtant pousse à approfondir ses idées et sa conception de l’image cinématographique.

La thématique de la collaboration, notamment entre les différents départements, fût récurrente cette année dans les conférences. Au cœur même du festival se trouve l’envie de partage autour de nos métiers. A l’instar de cette idée fondamentale, cette édition aura été l’occasion de renouveler mon plaisir d’échanger sur la photographie et le cinéma, en écoutant les nombreux chefs opérateurs invités, mais aussi en discutant avec mes camarades de l’Union.

Une expérience enrichissante qui ne m’a que trop donné l’envie de faire le déplacement l’année prochaine, afin de pouvoir découvrir les films en salle et de profiter des à-côtés du festival, toutes ces rencontres et discussions plus informelles qui peuvent naître et se poursuivre spontanément hors des évènements officiels.

Diane Plas

 

Élargir notre vision

Il y a dans la vie des événements qui se déroulent pour nous redonner du souffle, pour nous accorder le temps de nous recentrer sur notre vision. Camerimage s’est révélé l’un de ces instants suspendus dont j’avais particulièrement besoin. Un moment de prise de recul important sur la raison pour laquelle je crée des images. C’est une sphère qui nous permet, à nous directeurs de la photographie, de nous ressourcer ensemble et de parvenir à des réflexions communes sur notre métier.
Camerimage est un espace d’exploration dense qui nous immerge dans un univers cinématographique véritablement diversifié. Une journée ne suffit pas pour y assister à la projection d’un film tant espérée, se remettre de la découverte d’un chef d’œuvre inattendu et s’enrichir de l’expérience partagée par l’un des maîtres de l’art. Car après cela, il faut encore réfléchir à pousser les portes du futur de notre métier. L’effervescence des réflexions autour de nos pratiques n’y cesse jamais.

Ces réflexions partagées sont au centre de l’expérience, lors des séminaires, des échanges avec les constructeurs, et ce, jusque dans les moments off du festival. Car en effet ce qui est frappant, c’est la facilité des rencontres et des échanges entre chacun, que l’on soit éminent directeur de la photographie ou jeune espoir. La richesse de ces rencontres ouvre des horizons insoupçonnés ou oubliés et nous amène à élargir notre vision et à nous reconnecter avec nos pratiques artistiques et techniques.
Le festival nous a donc offert des moments émotionnels forts par ses rencontres, mais également par ses projections. Pour moi, la claque, ce fut « C’mon C’mon » de Mike Mills, le noir et blanc subtil et les cadres d’une justesse indéniable de Robbie Ryan. Une oscillation douce entre fiction et documentaire qui nous parle du temps et de son effet à la fois imperceptible et fulgurant sur notre monde. Le film sonne comme la leçon d’espoir d’une jeune génération qui y cherche son épanouissement futur et y célèbre le présent.

Et enfin, il y a ces personnes avec qui je suis partie. Des profils si différents qui ne se seraient certainement pas aventurés ensemble à un tel festival si notre association ne les avait pas réunis. Merci à vous pour nos échanges et les nombreux à venir. Vous avez accompli un superbe travail en représentant la diversité et le professionnalisme de l’association et en lui faisant occuper une place de choix sur la scène de la cinématographie. Cette expérience est la preuve que nous devons continuer à faire avancer notre collaboration, car elle a de beaux jours devant elle.

Valentine Lequet

 

L’union fait la force

Mon premier Camerimage a eu lieu à Bydgoszcz en 2018, j’étais encore étudiante et je suis rentrée à Paris des étoiles plein les yeux et une offre de stage chez Panavision à New-York en proche. J’étais très fière d’avoir vaincu ma timidité pour approcher Terra Bliss, vice-présidente de Panavision, avec qui j’avais échangé par mail depuis plusieurs mois dans l’espoir d’un stage dans son entreprise. J’étais aussi très heureuse d’avoir rencontré Seamus McGarvey, l’adorable directeur de la photographie d’un de mes films préférés, « The Hours » de Stephen Daldry. J’étais convaincue, et je le suis toujours, après avoir vu tant de films magnifiques, d’avoir choisi le meilleur métier du monde…

Cette année, le festival était de retour à Toruń après une édition entièrement virtuelle. J’ai été surprise de découvrir que de nombreux visages désormais familiers arpentaient les allées du célèbre Market : directeurs de la photographie, étalonneurs, fabricants de caméras, d’optiques et de matériel d’éclairage. En tant que toute nouvelle membre active de l’Union, j’étais souvent impressionnée de me présenter comme directrice de la photographie à des professionnels bien plus expérimentés. La présence bienveillante de mes sept camarades de l’association m’a rassurée et portée. Une preuve que l’union fait la force ! Je me souviendrai longtemps de cette première soirée de panique à chercher un hôtel…

Parmi mes coups de cœur du festival, une rencontre avec Alice Brooks, directrice de la photographie de l’émouvant « Tick Tick Boom » et du vertigineux « In The Heights » qui m’a donné envie de tourner une comédie musicale, et la découverte du travail délicat de Robbie Ryan dans « C’mon C’mon » et Haris Zambarloukos dans « Belfast », qui font rêver de noir et blanc. Je repars, encore une fois, enthousiasmée, inspirée, animée par l’amour de ce métier qui me passionne chaque jour davantage !

Naomi Amarger

 

Applaudissements !

Un étrange sentiment m’envahit lors de ma première projection à Camerimage : le public s’installe, discute, le noir se fait, silence. Jusque-là tout va bien. Le générique débute, le nom du chef op apparaît et… nous applaudissons ! Le public applaudit le chef op ! Petit instant de surprise. Le réal c’est normal, dans tous les festivals du monde, le réal est applaudi. Mais le chef op !?  OK, c’est un festival de chefs op mais ici c’est autre chose. Il y a une conviction, une volonté. Nous applaudissons le chef op.

À ce moment précis, je prends conscience qu’autour de moi 200 personnes partagent la même passion, la même obsession pour ce métier. Il existe un groupe, une communauté. Nous célébrons un chef op mais c’est aussi toute la profession que nous applaudissons, et forcément un peu nous-mêmes. Pendant une semaine, des directeurs photo venus de tous les continents se croisent, échangent et partagent une vision commune. Ici et maintenant, nous sommes une famille et nous le savons. Alors nous applaudissons le chef op.

Il y a quelque chose ici d’un peu irrationnel me rappelant l’ambiance de certains concerts. Des parfaits inconnus échangeant le regard complice des vrais passionnés. Il se passe quelque chose d’important. Nous arborons avec fierté nos badges, nous visitons la boutique de merch pour conserver une trace, un souvenir de cet instant de communion. Nous voulons faire partie de ce mouvement. Les lumières s’éteignent, le générique débute. Applaudissons le chef op !

FX Le Reste